Eastern Bloc, avec son festival Sight + Soundne cesse de nous surprendre par l’originalité de ses artistes invités. Intriguant, déroutant. C’est hier, le 21 mai, qu’on y recevait deux artistes réputés au style diamétralement opposé. Rie Nakajima et Martin Howse.

Rie Nakajima

Rie Nakajima, une Japonaise d’un “zen” inébranlable et d’une délicatesse incitant au silence tout en restant ludique. En effet, avant de débuter, sous un éclairage tamisé, les spectateurs ont été priés de s’asseoir afin d’éviter le bruit d’inutiles déplacements, bien sûr, et afin d’apprécier à sa juste valeur la prestation qui prenait place sur les chaleureuses lattes de bois usé de la salle. L’artiste elle-même y était agenouillée. De menus objets éparpillés çà et là, dont certains faisaient directement référence à la culture orientale (de petits bols de céramique aux imprimés typiques).

Rie Nakajima - Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

Rie Nakajima – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

Aussi, de petits pots de terre cuite, des verres, des oeufs de percussion, de minuscules billes métalliques, de drôles de petits objets électroniques et toute une pile de batteries. Certains des mécanismes s’entrechoquant, d’autres frétillant ou encore générant une rotation à la manière d’un tourne-disque; un ingénieux système. Ces matériaux récupérés faisaient office d’instruments.

L’électronique évoque le chant de la nature

C’est donc dans un silence quasi absolu que la jeune artiste, tel un chef d’orchestre, improvisa en branchant progressivement ces outils aux batteries, engendrant un air, un rythme s’apparentant aux sons que nous trouvons en pleine nature. Tel le vent chatouillant un carillon, ou repoussant une vieille barrière de bois aléatoirement. Plus tard, c’est la pluie laissant derrière elle le vestige d’un orage et ses gouttes martelant un bidon de métal oublié.

Rie Nakajima - Sigh & Sound - Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

Rie Nakajima – Sigh & Sound – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

Rie Nakajima jouait avec ces micros-appareils kinésiques comme s’il s’agissait d’insectes; tantôt en douceur et par d’autres moments, comme s’il s’agissait d’une grosse araignée velue, d’un geste désinvolte, prenant l’engin vibrant du bout des doigts pour le laisser tomber brusquement sur le couvercle d’une casserole, le tout avec un calme stoïque! Cette jeune créatrice a su nous faire voyager par l’imaginaire au travers d’un jardin asiatique au gré de petits sons subtils, jusqu’à atteindre l’apogée auditive comme si nous étions alors nous-mêmes de minuscules insectes noyés dans la frénésie sonore d’une nature grandiose.

Martin Howse

Martin Howse, pour sa part, nous a offert un tout autre spectacle. Son installation était juchée sur une table haute, les lumières presque éteintes. Se servant lui aussi de matériaux recyclés, mais mariant ici l’électrochimique aux divers éléments qu’offre la nature: la terre, l’eau, le feu, la lumière. Improvisant de sorte à créer un son plus fort cette fois, un genre d’orage sonore électrique s’apparentant à la musique “électro”.

Martin Howse - Sight & Sound - Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

Martin Howse – Sight & Sound – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

Les éléments de la nature génèrent la musique électronique

Passant des hautes assourdissantes aux basses apaisantes, le caractère nerveux de cet artiste expérimenté se reflétait tout à fait dans son oeuvre. Bougeant rapidement, s’essuyant les mains après avoir laissé tomber une poignée de terre sur ce qui s’apparentait à un haut-parleur, puis noyant d’eau cet amas terreux. Des sons inusités faisaient vibrer l’audience. Des jeux de lumières venaient non seulement créer de l’interférence, mais complexifiaient aussi la trame sonore, ajoutant au spectacle une tout autre dimension visuelle. Un fin laser vert parcourait la table d’un bout à l’autre puis un feu de bengale prit par surprise les spectateurs, ajoutant à la performance une odeur festive. Tel un savant fou ou encore un chimiste dans son laboratoire, Martin Howse a su démontrer que les éléments ont un impact, une âme certaine.

Martin Howse - Sight & Sound - Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

Martin Howse – Sight & Sound – Photo : Myrianne Beaudoin-Thériault

Un même thématique, des approches complémentaires

Ces deux artistes, jumelés pour une soirée, offraient un contraste saisissant en tournant autour d’une même thématique par des chemins inverses. Une se servant d’outils électroniques pour recréer les sons que la nature sait si bien composer, l’autre utilisant des ressources inépuisables de cette même nature pour nous entrainer dans un orage aux sons électromagnétiques. Tous deux ont su conquérir et faire sourire, que ce soit par l’aspect ludique de leurs performances, ou encore par leurs sonorités titillantes par moments et profondément vibrantes par d’autres. Deux approches complémentaires mettant en relief les nuances du thème.

Un délicieux hommage à la nature.