Projet Archipel, premier documentaire sonore au RIDM

D’habitude associées au monde du cinéma, les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) ont fait preuve d’audace cette année en programmant, pour la toute première fois, une œuvre issue de l’« art acousmatique ».

Une symphonie urbaine

La musique acousmatique est une branche distante des arts numériques. Pour la réaliser, des compositeurs manipulent, non pas des partitions et des notes, mais des sons. En se promenant le long des berges de Montréal, les compositeurs Guillaume Côté et Guillaume Campion ont enregistré différents sons qu’ils ont modifiés par ordinateur, musicalisés, puis mélangés avec différentes entrevues portant sur nos berges montréalaises. Ainsi, artistes, politiciens, pêcheurs, urbanistes et visionnaires sont rassemblés dans cette œuvre d’une grande poésie, sorte de symphonie urbaine à mi-chemin entre le documentaire et la musique : Projet Archipel.

Le duo Guillaume C, des compositeurs

Mis côte à côte, les artistes Guillaume Côté et Guillaume Campion font sourire. Du haut de ses 5 pieds quelque, Côté a les cheveux courts et les bras couverts de tatouages. À l’inverse, Campion est grand et ressemble plutôt à un amateur de musique métal avec ses cheveux très longs. Tous deux ont récemment terminé leur maîtrise en création sonore à l’Université de Montréal, et présentaient, le 18 novembre au soir, leur première collaboration musicale.

Dans la pénombre de la salle Norman McLaren, à la Cinémathèque québécoise, les deux Guillaume déploient sur un orchestre de haut-parleurs des bribes d’entrevues, des sons d’eau et des textures oniriques. Dans ce documentaire sonore, nous nous retrouvons immergés, une demi-heure durant, dans un paysage sonore, celui des berges de Montréal.

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Quand la musique (s’)engage

À ce travail de recherche-création considérable s’ajoute la réalisation d’un site web renseignant sur l’accès à l’eau et au fleuve Saint-Laurent dans l’archipel de Montréal. Ainsi, en plus des 7 thèmes développés lors du documentaire sonore, on a accès à 25 capsules d’informations, totalisant 90 minutes de contenu supplémentaire.

C’est que les compositeurs ne s’improvisent pas seulement documentaristes. Ils prennent une position engagée en s’intéressant au débat d’accès à l’eau et au fleuve, un enjeu au cœur de discussions municipales actuelles. D’ailleurs, Projet Archipel reprend le titre d’« un vaste programme d’aménagement des divers plans d’eau de la région de Montréal ».

En plus de nous sensibiliser à cette problématique, le documentaire sonore des Guillaume C. suscite notre réflexion. À la toute fin de la pièce, un interviewé fait cette remarque : « Bien que Montréal soit au sein d’un archipel d’îles, comment se fait-il que les Montréalais ne s’identifient jamais en tant qu’habitant d’une île? » En somme, Projet Archipel est une façon tout à fait originale de renseigner les auditeurs et de les amener à réfléchir sur leur identité.

L’œuvre sera présentée à nouveau à l’Espace Cercle-Carré en avril 2017. Rester à l’écoute!

Site web du Projet Archipel