Événement important de la scène underground numérique, le festival Sight and Sound accueille annuellement des artistes d’envergure nationale et internationale pour une série d’activités culturelles. L’édition Per Capita, c’est près de 80 artistes qui ont pris part aux performances, conférences, soirées festives du festival et même un Hackaton, tenus du 28 septembre au 2 octobre 2016.

Per Capita : sur les enjeux du numérique

Avec leur lot de commodités, les technologies amène bien des interrogations, parfois mêmes des inquiétudes, et l’art demeure un vecteur majeur pour affirmer ces enjeux. Une poignée d’artistes se sont penchés sur ces questions, et présentaient leur travail à Eastern Bloc lors d’un vernissage d’installations, le 28 septembre au soir. Ces œuvres, insufflées d’une dose d’art conceptuel, ne visaient pas nécessairement à exprimer une émotion ou raconter une histoire, mais plutôt à « manifester » un phénomène que l’artiste aurait remarqué. C’est ce que nous constaterons dans ce compte-rendu de trois coups de cœur personnels.

Craig Fahner – Pure Water Touching Clear Sky

Placée dans une pièce sombre, l’installation-jardin communautaire était filmée et le signal, retransmis sur le site twitch.tv. Grâce à une interface de clavardage, internautes et visiteurs de l’exposition pouvaient participer à cette installation interactive et envoyer des commandes à l’installation afin de changer les lumières, le taux d’humidité, etc. Des lumières LEDs fluo déposaient comme une teinte électrique sur les plantes de ce jardin qui semblait « vivre de lui-même » , « manifestant » la zone liminaire entre écologie et technologie, ainsi que le contraste entre la patience zen de cultiver un jardin et la culture web du plaisir instantané.

Craig Fahner - Pure Water Touching Clear Sky

Craig Fahner – Pure Water Touching Clear Sky

Michael Mandiberg – Printing Wikipedia

Sur deux murs blancs de la galerie, des centaines de rangées et de colonnes étaient imprimées à l’encre noire, comme s’il s’agissait d’une vaste librairie. Dans cette bibliothèque de Babel, on retrouverait tout le contenu de l’encyclopédie en ligne Wikipédia. Vêtu d’une chemise blanche et arborant une forte barbe rousse, l’artiste explique tranquillement qu’il en coûterait 300 000 $ US pour imprimer l’entièreté de Wikipédia. Toutefois, l’impression nécessiterait un mois, et le contenu serait alors déjà dépassé. L’artiste constate qu’il est impossible de donner une forme fixe à cette accumulation de connaissances humaines. Une œuvre frappante.

Michael Mandiberg

Michael Mandiberg – Printing Wikipedia

Stéphanie Rothenburg et Jeff Crouse – Laborers of Love / LOL

Sans doute l’un des projets les plus provocants de la soirée : un site web permettant la commande en ligne d’une vidéo pseudo-érotique. Vous choisissez 3 mots-clés, par exemple « patate », « jeune et joli(e) » et « érotisme », et, en échange d’un montant dérisoire (ex. 2.71 $), un internaute trouvera des vidéos où ce « fantasme » est réalisé. Le produit final sera un mashup vidéo où toute image suggestive est brouillée par des filtres Photoshop. Ainsi, l’ironie est multiple. Dans une allusion évidente à la prostitution, les laborers of love sont plutôt ces nouveaux travailleurs qui accomplissent des tâches en ligne. Leur production, des images érotiques camouflées dans une esthétique lo-fi, ne répond aucunement au besoin de celui qui a passé la commande.

Une performance audiovisuelle était également présentée lors du vernissage du 28 septembre. Pour un compte-rendu, cliquer sur le lien.

Lien web vers la page du festival

Crédit photos : Geoffroy DBK