C’est à Arsenal Art Contemporain, sur la rue William, que la Biennale international d’art numérique a décidé d’exposer AUTOMATA : l’art fait par les machines pour les machines.

L’Arsenal, un temple pour l’art

Tout comme dans un musée, l’Arsenal est un lieu qui a une aura de temple. Les immenses murs blancs s’élèvent vers le plafond à une dizaine de mètres de hauteur. On circule parmi les œuvres apposées aux surfaces et sur les socles aux allures d’autel, disséminés à travers les 50 000 pieds carrés d’aire d’exposition, soit l’équivalent approximatif d’un terrain de football. Ce caractère grandiose fait comme écho à l’ampleur même des œuvres, qui « respirent » au milieu de cet espace, au lieu d’être écrasées dans une salle trop petite, et on peut observer isolément chaque élément des objets d’art qui occupent le lieu.

AUTOMATA : des robots vivants…

Dans AUTOMATA, on retrouve plus d’une quarantaine d’œuvres qui nous amènent plus loin dans un art interactif. Ici, les œuvres ne sont pas seulement destinées à être contemplées. Elles ne sont plus immobiles, placées sur un mur blanc « comme si elles avaient été là de tout temps ». Maintenant, les objets d’art sont vivants. Ils interagissent avec nous.

Dans The Value of Art de Laurent Mignonneau et Christa Sommerer, la limite est brouillée entre « ce qui est » et « ce qui n’est pas » l’œuvre. Est-ce la peinture d’un chat, ou le système qui évalue le temps passé par le visionneur à contempler l’œuvre ou encore la facture qui indique que la valeur de la peinture monte de 1 € au 10 secondes de visionnement? Peut-être que l’œuvre, c’est l’ensemble de ce processus d’évaluation imaginé de l’art!

On est dans le même ordre d’idée avec 5RNP Étude humaine #1 de Patrick Tresset. Un système constitué de cinq ordinateurs contrôle une caméra et un stylo articulé par un bras robotisé. Ces cinq robots dessinent alors sommairement le visage d’une personne. Le processus est assez long (30-40 minutes), mais le résultat est remarquable. Encore une fois, ce n’est clairement pas le dessin qui est l’œuvre, ni même le système de robots, mais la mise en action de ce système. L’artiste parle plutôt d’une installation robotique théâtrale pour désigner ce travail, qui s’approche beaucoup de la performance.

Dans cette œuvre, comme bien d’autres exposées à AUTOMATA, on pressent l’écho inversé d’un futur qui nous parvient peu à peu : une réalité où les machines produiraient de l’art. Certains se souviendront peut-être de cette séquence dans l’adaptation cinématographique I, Robot, où l’un des robots réalise un dessin sublime. Les machines pourraient-elles un jour développer une sensibilité artistique? Les sceptiques seront peut-être confondus…

…et quelques perles.

Bien entendu, il faut mentionner quelques-unes des œuvres qui, sans être interactives, n’en demeurent pas moins attrayantes. Pensons à la sensualité du travail de la Sud-Coréenne Kim Joon, basé sur les tabous du tatouage, importants dans son pays. Cette « peinture en mouvement » est en fait une mosaïque vidéo où des mains marbrées de noir caressent une peau luisante, faite d’écailles de serpent.

La série Loops of Relation est une installation vidéo de Nelmarie du Preez. Combinée avec un enregistrement de la performance To Stab, ces vidéos poignantes mettent en scène l’artiste et son ordinateur en tant que membres du collectif « Du Preez / Gui ». Lorsque le bras mécanisé de Gui tient un arc, du Preez tend la corde avec la flèche pointée vers elle, se mettant littéralement en situation danger de mort, une une référence explicite à Rest Energy de Marina Abramović. Cette interaction entre l’artiste et l’ordinateur, qui est au fond son reflet robotisé, laisse pensif quant à l’identité de l’être humain dans cette ère informatique.

Dans le plus imposant, on pense bien entendu aux 205 « boîtes sonores » de l’artiste Zimoun. Après avoir pénétré par une entrée improvisée, on se retrouve dans un espèce de silo fait de boîtes de carton, sur lesquelles une petite boule rebondit grâce à un système de moteurs. Le résultat est un pandémonium grave, une sorte de bourdonnement pesant qui envahit l’espace et fait écho à l’allure industriel de l’Arsenal. En fermant les yeux, on peut même s’imaginer être un ouvrier dans une gigantesque manufacture.

On pourrait également parler des œuvres de Jean-Benoît Lallemant ou de celles de Le Pang, dont le minimalisme contribue à leur force captivante, mais le plus simple, vraiment, c’est tout simplement de se rendre sur place pour apprécier la richesse de toute l’exposition AUTOMATA.

Site web de la BIAN et de l’exposition AUTOMATA

Exposition AUTOMATA : l’art fait par les machines pour les machines
3e Biennale internationale d’art numérique
jusuq’au 3 juillet 2016
Arsenal
2020, rue William
À 7 minutes à pied du métro Georges-Vanier